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Dépenses de consommation et marché du travail : perspectives favorables à la petite entreprise Le 24 octobre 2003 Les grandes tendances macroéconomiques influent parfois considérablement sur la rentabilité des petites entreprises. Leurs succès dépendent beaucoup, bien sûr, de l'esprit d'entreprise des propriétaires et de la qualité des pratiques de gestion appliquées, mais la conjoncture a forcément un effet sur leurs revenus et leurs frais et partant, sur leurs résultats. Dans le présent bulletin, nous nous intéressons à deux grands facteurs économiques qui influeront sur la rentabilité des petites entreprises au cours de l'année à venir. Premièrement, comme les consommateurs représentent une forte proportion de la clientèle directe des petites entreprises canadiennes, les prévisions de dépenses des consommateurs constituent un bon indicateur de la croissance probable de leurs revenus. Deuxièmement, comme la rémunération de la main-d'œuvre représente le plus important poste de dépenses de nombreuses petites entreprises, les perspectives du marché canadien du travail sont aussi annonciatrices de leur rendement probable. Les revenus de nombreuses petites entreprises sont tributaires des dépenses de consommation Les revenus des petites entreprises dépendent dans une large mesure des dépenses de consommation. En fait, ces entreprises sont très fortement représentées dans tous les secteurs qui traitent directement avec les particuliers : restauration, hébergement et ventes au détail, ainsi que de nombreux créneaux de services professionnels comme le droit, la comptabilité, les services conseils et la médecine. D'autres créneaux non professionnels du secteur des services qui comptent de nombreuses petites entreprises, notamment ceux de la réparation d'automobiles et de la construction, ciblent également le marché des particuliers. Il s'ensuit que les perspectives de dépenses des consommateurs revêtent une importance cruciale pour les petites entreprises. Toutefois, avant de traiter comme tel des perspectives des douze prochains mois, il nous semble important de passer en revue l'évolution récente des habitudes de consommation. Les dépenses de consommation ont littéralement bondi ces dernières années. Les ventes ont augmenté au rythme annuel de 3,4 % en 2002 et semblent vouloir augmenter d'un respectable 3,3 % en 2003. La croissance des achats de biens durables (articles à prix unitaire élevé ayant une durée de vie utile de plus d'un an) a été particulièrement forte l'an dernier, atteignant un étonnant taux de 8,5 %, puis elle a ralenti et devrait se situer à 2,5 % cette année. La plus grande partie de ces dépenses est allée à l'achat d'automobiles. Les ventes ont en effet augmenté de 7,8 % en 2002 dans ce secteur et sont restées fortes en 2003 grâce aux importants rabais consentis et aux nombreuses mesures incitatives proposées par les fabricants. Les acheteurs de maisons neuves ou existantes ont aussi été stimulés par les bas taux d'intérêt. En fait, la surchauffe actuelle du marché de l'habitation dope la demande dans le secteur de la construction résidentielle et dans l'immobilier en général. Ces deux secteurs comptent maintes petites entreprises. Ce boom du logement a aussi fortement dynamisé les ventes de meubles, d'appareils électroménagers et d'articles de maison. Dans le secteur des biens non durables, les ventes ont été moins constantes. Après avoir grimpé jusqu'à 11,3 % en 2003, la croissance du volume des ventes a ensuite ralenti, pour revenir à près de 6 %. Malgré tout, le gain moyen au cours des deux dernières années a été substantiel. DÉPENSES DE CONSOMMATION RÉELLES
Le niveau d'endettement est préoccupant, mais ne devrait pas freiner les dépenses Toutes ces dépenses de consommation doivent être financées, ce qui explique que les consommateurs sont plus endettés que jamais. On peut même légitimement se demander s'ils n'ont pas excédé leurs moyens. Après tout, le taux d'épargne personnelle a constamment diminué en 2002 et 2003, passant de 5,2 % à seulement 2,4 % au deuxième trimestre de cette année. En portant le regard un peu plus loin en arrière, on constate que le taux d'épargne se situait pourtant au taux confortable de 13 % aussi récemment qu'en 1992. Depuis, l'endettement personnel a constamment augmenté à un rythme plus rapide que les revenus et la dette globale dépasse maintenant 100 % du revenu personnel disponible total. On est très loin du taux de 55 % enregistré en 1983. Cet endettement croissant des particuliers peut paraître préoccupant, mais une analyse plus pointue révèle que ces craintes sont dans une large mesure injustifiées, car il est improbable que les consommateurs cesseront de dépenser pour cause d'endettement excessif. Premièrement, une partie de cette dette croissante découle de l'augmentation du taux d'accession à la propriété qui, s'il augmente certes le niveau d'endettement, élimine par ailleurs la nécessité de payer un loyer. Deuxièmement, il importe de souligner que les indicateurs traditionnels établissent tous un rapport entre les dettes et le revenu d'un particulier et qu'ils font donc totalement abstraction de l'augmentation générale de la valeur nette des Canadiens. Le revenu personnel disponible ne tient en effet pas compte de l'appréciation du patrimoine issue de placements antérieurs. C'est donc dire que l'augmentation de 26 % du prix des maisons en 2002 et les gains additionnels de près de 9 % en 2003 ne sont comptabilisés nulle part. Troisièmement, ce qui constitue peut-être le facteur le plus important, le coût du service de la dette des consommateurs semble actuellement tout à fait gérable. Le ratio du service de la dette figure en effet parmi les indicateurs les plus fiables de la santé financière des consommateurs, car il exprime l'endettement sous la forme d'un ratio entre les intérêts sur les dettes personnelles et le revenu disponible. Or, en 2002, cet indicateur se situait à son niveau le plus bas depuis des décennies. C'est donc dire que le contexte de bas taux d'intérêt permet à la plupart des Canadiens de respecter sans problème leurs obligations. Même si les taux d'intérêt augmenteront vraisemblablement au cours de l'année à venir, le ratio du service de la dette, lui, n'augmentera probablement que très peu en 2004, passant à 9 % du revenu disponible, soit globalement le niveau où il s'est situé pendant toute la deuxième moitié des années 90. Le rythme des dépenses de consommation se maintiendra en 2004 Comme la situation financière des consommateurs ne devrait pas freiner leurs dépenses, les augmentations de revenu dont ils bénéficieront ou non deviendront le facteur qui influera le plus sur leur comportement. Les perspectives d'augmentation du revenu des particuliers sont quant à elles liées au rendement prévu de l'ensemble de l'économie. À mesure que s'estomperont les effets des chocs récents (SRAS, embargo sur les exportations canadiennes de bétail et de bœuf, panne d'électricité majeure en Ontario et incendies de forêt en Colombie-Britannique) qui ont affligé l'économie canadienne, la croissance économique devrait s'accélérer et sera stimulée par l'amélioration de la conjoncture aux États?Unis, même si cet effet bénéfique sera limité par la forte appréciation du dollar canadien. Le taux de croissance moyen de l'économie canadienne devrait donc se situer à 3 % l'année prochaine, ce qui suffira pour engendrer des gains modérés sur le marché de l'emploi et faire progresser le revenu des particuliers. En fait, le revenu personnel moyen après impôt devrait augmenter de 4,9 % en 2004, d'où une croissance possible des dépenses de consommation de près de 3 %, après élimination des effets de l'inflation. Intéressant sans être exceptionnel, ce rendement devrait favoriser une augmentation des revenus des petites entreprises.
L'état du marché du travail influe sur les frais des petites entreprises La conjoncture sur le marché de l'emploi revêt une importance cruciale tant pour les consommateurs que pour les petites entreprises. Cependant, si les particuliers sont avantagés lorsque le marché du travail se resserre (grâce aux augmentations salariales et à l'abondance d'emplois qui s'ensuivent), tout resserrement oblige les petites entreprises à se livrer à un numéro d'équilibriste particulièrement périlleux. En effet, pour les petites entreprises, la conjoncture sur le marché du travail doit favoriser les dépenses de consommation, sans cependant qu'un resserrement excessif n'entraîne une raréfaction de la main-d'œuvre et une augmentation démesurée de leur masse salariale. Globalement, 40,2 % de la main-d'œuvre canadienne, soit 5,3 millions de salariés, travaille dans des petites entreprises, ce qui explique que toute évolution soudaine et marquée du marché du travail dans un sens ou dans l'autre aura un effet déterminant sur leurs résultats. Les petites entreprises sont aussi probablement plus vulnérables que les grandes aux changements de conjoncture sur le marché du travail parce que, de manière générale, leurs activités exigent une quantité supérieure de main-d'œuvre. Pour compliquer davantage les choses, les salariés des petites entreprises ont tendance à gagner moins, à être plus jeunes et à occuper des postes à temps partiel. Tous ces facteurs font en sorte que lorsque l'embauche commence à s'accélérer au sein de l'économie, les grandes entreprises peuvent plus facilement débaucher les meilleurs éléments de nombreuses petites entreprises, ce qui crée un phénomène de va-et-vient qui oblige ces dernières à renouveler sans cesse leur effectif pendant les périodes de croissance. Malgré le ralentissement de la création d'emplois, le marché du travail demeure relativement serré Quel est donc l'état actuel du marché du travail au Canada? Après avoir affiché un rendement solide en 2002 (plus de 500 000 emplois créés), le marché a stagné cette année. En effet, l'économie n'a généré que 98 000 nouveaux emplois de janvier à septembre 2003. Il s'ensuit que le taux de chômage est passé de 7,4 % au début de l'année à 8,0 % en septembre. Si ces tendances semblent dénoter une grave détérioration du marché, la situation véritable n'est pas aussi alarmante qu'il n'y paraît à première vue. Le taux de chômage a augmenté, mais il est loin de se trouver à un sommet. En fait, au cours de la deuxième moitié des années 90, le taux de chômage moyen a été de 8,6 %. Il s'est maintenu à ce niveau malgré de fortes dépenses de consommation. En outre, à 62,2 %, le taux d'emploi actuel se situe à son niveau le plus confortable depuis plus d'une décennie, signe que dans une perspective historique, le nombre absolu de sans emplois n'est pas si élevé. Pour bien comprendre la situation, mentionnons que lorsque le taux de chômage canadien a atteint son plus bas niveau des 20 dernières années au milieu de 2000, le taux d'emploi se situait à 61,4 % et était donc inférieur au taux actuel. Comment expliquer cette situation? Le taux de chômage exprime le pourcentage de personnes à la recherche d'un emploi par rapport à celles qui travaillent plutôt que par rapport à l'ensemble de la population. Lorsque la conjoncture favorable crée un regain d'optimisme au sein de la population, le bassin de personnes à la recherche d'un emploi augmente parfois, ce qui a pour effet immédiat de faire grimper le taux de chômage. Voilà exactement ce qui s'est produit au Canada au cours des dernières années. En bref, malgré l'augmentation du taux de chômage cette année, le taux d'emploi est demeuré remarquablement élevé, ce qui donne à croire que le nombre de travailleurs disponibles est limité et que les petites entreprises ne peuvent compter à court terme sur une main-d'œuvre abondante ou anormalement bon marché. Sur le plan de la rémunération, mentionnons que la croissance du salaire horaire a été modérée au cours des dernières années, se situant à un taux nominal de 2,8 % l'an dernier et atteignant en moyenne environ 2,1 % cette année. Selon les prévisions, l'accélération de la croissance économique devrait engendrer en 2004 une demande accrue de main-d'œuvre. Toutefois, le taux de croissance de l'emploi devrait être modeste; il ne sera que légèrement supérieur à 1 % l'an prochain. En effet, les grandes entreprises (durement frappées par l'appréciation du dollar canadien) chercheront surtout à réduire leurs coûts. Néanmoins, l'augmentation modeste du niveau d'emploi devrait exercer des pressions à la baisse sur le taux de chômage et le ramener aux environs de 7,5 %. Ce taux demeure malgré tout de beaucoup supérieur à celui de 6,7 % enregistré en 2000, au moment où de nombreuses entreprises éprouvaient des difficultés à embaucher. En 2004, la rémunération progressera vraisemblablement de 3,2 %. Ce taux de croissance plutôt moyen ne devrait pas créer de pressions excessives sur les coûts des petites entreprises et rend bien réelle la possibilité que leurs revenus augmentent plus rapidement que leur masse salariale, ce qui est de bon augure pour leurs bénéfices futurs. Dans l'ensemble, la conjoncture sur le marché du travail semble actuellement favorable à la fois aux consommateurs et aux petites entreprises et devrait probablement le rester au cours de l'année à venir.
En 2004, la croissance des bénéfices des petites entreprises sera saine sans être spectaculaire En conclusion, la progression soutenue des dépenses de consommation devrait favoriser en 2004 une saine croissance des revenus des petites entreprises qui sera accompagnée d'une augmentation raisonnable des charges salariales. Les propriétaires d'entreprise préféreraient certes disposer d'une plus grande abondance de main-d'œuvre à bon marché, mais le resserrement du marché du travail ne sera pas d'une ampleur telle qu'il exercera des pressions à la hausse sur les salaires et il n'entraînera donc pas de diminution anormale des bénéfices. Craig Alexander, (416) 982-8064 |
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